
Le 7 juin dernier, une vingtaine de citoyens de Cacouna se sont rassemblés à la salle du conseil municipal pour participer à la corvée annuelle du nettoyage des berges.

Après une brève présentation sur les écosystèmes côtiers donnée par Élise Marquis de l’organisme OBAKIR (Organisme de bassins versants de Kamouraska, L’Islet et Rivière-du-Loup), les équipes se forment. Il y a quatre zones à couvrir. Je choisis de suivre le groupe qui se dirige vers le secteur situé derrière le Cénacle, à l’extrémité ouest du village.



On trouve vraiment de tout, même une prescription en provenance de Berthierville qui date de 1979!

J’y rencontre également M. Georges Pelletier, ingénieur forestier à la retraite. Il a participé à plusieurs opérations de nettoyage des berges, bien avant que l’activité soit organisée par OBAKIR. «L’année suivant le déluge du Saguenay, il y a eu beaucoup de débris qui se sont amassés sur cette rive», me dit-il.



Blondine prend sa tâche très au sérieux. «Je me concentre sur les morceaux de plastique les plus minuscules!» me dira-t-elle. Car aussi petites soient-elles, ces particules de plastique sont très nocives pour les poissons.


M. Pelletier s’y connaît sur l’histoire de son village. Lui et sa conjointe, Lynda Dionne, ont écrit deux livres sur Cacouna ainsi que de nombreux articles. (Découvrir Cacouna, ses lieux-dits et ses circuits». Tout en ramassant les débris amassés sur la plage, M. Pelletier en profite pour nous entretenir de plusieurs faits historiques reliés à l’endroit.

«Entre 1830 et 1840, suite à de nombreuses épidémies de typhus et de choléra asiatique qui affectèrent surtout Québec et Montréal, certaines familles aisées fuirent alors les villes et se rendirent par bateaux dans les campagnes de Kamouraksa, La Malbaie, Rivière-du-Loup et Cacouna. Ces endroits étaient recherchés pour leurs bains d’eau salée bénéfiques pour la santé et aussi pour le climat frais qu’on y trouvait durant les mois d’été». (Extrait du Journal EPIK, texte de Georges Pelletier et Lynda Dionne)


Le village devenait alors un lieu de bains de mer, de fêtes et de réjouissances pour les plus nantis, tel Sir Montagu Allan, actionnaire majoritaire de la ligne de vapeurs Allan et Sir George A. Drummond, propriétaire de la compagnie de sucre Redpath. Les habitants travaillaient comme domestiques, femmes de ménage, jardiniers ou cochers.

À cette époque, le village regorgeait de salles de danse et de billard, d’hôtels et de pensions. Il y avait même une piste de course. «Ça prenait un curé très permissif pour laisser tout ce monde-là se baigner et danser à leur aise», s’exclame M. Pelletier!

Sur le chemin du retour, je fais la rencontre de M. Benoît Gagné qui en 2009, a acheté une de ces cabines de plage. Sur son terrain, on y voit les restes d’une chaloupe nommée «Seagull», identique à celle sur la photo d’archive qui orne le mur de sa cabine.

Midi sonnant, l’équipe, fière de sa récolte, ira retrouver le reste du groupe pour un pique-nique communautaire au Parc Fontaine Claire. Certainement que la discussion tournera autour des nombreuses trouvailles de la matinée!

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PARENTHÈSE
La plupart des auteurs ont vu dans le toponyme «Cacouna» les mots cris, kakwa ou kakoua ayant pour sens porc-épic et nak, demeure de, d’où demeure du porc-épic. La localisation du toponyme rend cependant cette interprétation douteuse, les Cris n’ayant jamais fréquenté cette région. Les Montagnais, eux, auraient pu y implanter ce toponyme lors d’une de leurs traversées occasionnelles du Saint-Laurent, à des époques anciennes. Le mot kaku signifie aussi porc-épic dans leur langue. Plus sûrement cependant, il pourrait s’agir d’un mot Malécite, kakona, qu’on retrouve traduit par tortue dans un ouvrage de 1832. (Source : Wikipedia)
Il y a bien des versions du mot Cacouna, tel que Kakoua-nak mais au 21e siècle et après quelque 333 années d’histoire, le nom de la municipalité est bel et bien Cacouna, « où il y a toujours des porcs-épics ». (Source : site de la municipalité de Cacouna)

Texte et photos de Marie J. Roy