
L’arrêt routier de Saint-Liboire n’en est pas un comme les autres. Dans son stationnement réservé aux camions lourds se trouve… une chapelle mobile.
Lors de sa construction, le président de la compagnie Irving a spécifiquement demandé que le Irving Big Stop Plaza de la sortie 145 de l’autoroute 20 à Saint-Liboire réserve un emplacement sur son terrain, afin de recevoir une chapelle mobile. Présent sept jours sur sept, de 13h à 21h, en plus d’être à l’écoute des personnes en détresse, les aumôniers deviennent, en quelque sorte, gardiens des lieux.

La première chapelle mobile a vu le jour en 1951 dans la région de Toronto. Le concept n’ayant pas obtenu le succès espéré au Canada, son inventeur a rapidement mis le cap vers les États-Unis. Devenu aujourd’hui Transport for Christ, l’organisme compte 27 chapelles en Amérique du Nord en plus de celles au Zambie, au Brésil et en Russie. Sa prochaine destination : l’Inde.

Les murs recouverts de lattes de bois sont décorés çà et là de phrases qui portent à la réflexion. Une série de sièges se font face. Ils nous rappellent que ce lieu en est un d’écoute et de partage pour les camionneurs, bien sûr, mais aussi pour toutes personnes ayant besoin de soutien.

Autrefois aumônier au Centre de détention Drummond, Jacques Poirier a également été camionneur avant de devenir bénévole à la chapelle mobile. « Notre premier mandat ici, c’est d’aider les gens qui se trouvent dans une situation difficile. La personne qui veut entendre parler de Dieu, on s’assoit et on en parle. On peut aller en profondeur. Mais ça ne donne rien d’essayer de convaincre quelqu’un qui ne veut rien savoir. Eux, on va les aider autrement. »

« Isolés par leur métier, les camionneurs ressentent parfois le besoin de parler ou simplement, de combler un moment de solitude. « Des fois, t’es sur un voyage et tu vois les kilomètres passer… tu penses à la maison. Un moment donné, il faut que tu vides ta tête de ces pensées », avouera Martin Lebrun. Camionneur de longues routes et également aumônier, il s’est joint à l’équipe en 2009. Un vendredi sur deux, il passe son unique journée de congé à assurer une présence à la chapelle mobile. « L’approche ici, c’est l’écoute. Quelqu’un nous arrive en détresse, on a toute sorte de petits feuillets du CLSC pour leur donner un soutien psychologique et moral. D’autres fois, c’est physique. »

Car il arrive régulièrement que les camionneurs aient besoin d’un coup de main pour réparer un bris sur leur véhicule ou d’une adresse pour trouver une ressource pouvant les tirer de leur avarie. Les missionnaires de la chapelle sont là pour ça. « C’est ainsi qu’on établit des liens. On discute en même temps. On parle un peu de Dieu et on voit si le gars est ouvert à ça. Si ça ne l’intéresse pas, on va parler de camion, de sa femme ou de son chien. Il ne faut pas brusquer les choses. Ça prend des gars comme nous autres pour faire ça! », dira Jacques.


Les gens qui gravissent les marches menant à la chapelle mobile ne cherchent pas tous à combler un besoin spirituel. En novembre dernier, près d’une quarantaine de curieux ont visité l’installation sans démontrer le moindre intérêt pour l’évangile. Tandis qu’au mois d’avril, seulement neuf visiteurs ont franchi la porte. « On est là pour servir, combler un besoin. Il y a l’aspect spirituel, oui, c’est écrit partout sur le camion, mais nous, on est des camionneurs, on sait c’est quoi les moments de détresse et de panique. L’idéal serait qu’on soit ouvert 24/24, 7 jours sur 7», avoue Jacques.

Le mandat des deux hommes ne s’arrête pas à l’intérieur des murs de la chapelle. Chaque fois qu’ils le peuvent, ils se rendront au salon des camionneurs de l’arrêt routier pour saluer les collègues camionneurs et s’assurer que tous se portent bien. « Même quand je suis sur la route, j’essaie de continuer ce que je fais ici », dira Martin de sa voix pausée.
Profitant d’un moment paisible de la journée, les deux aumôniers échangent sur leurs dernières rencontres, toujours en respectant la confidentialité des sujets.


« La personne vient ici et se vide le cœur sans se sentir jugée. On ne connaît pas son passé, on ne connaît rien d’elle, mais elle sait que ça va rester entre nous », souligne Martin. Tels des sauveteurs, la mission des deux hommes est de répondre aux gens de passage qui éprouvent un moment d’adversité. De combler un besoin en montrant une oreille attentive. « On ne sait jamais si ça a marché ou pas. Nous, on a la foi. C’est quelque chose d’intangible que l’on ne voit pas. C’est profond… une conviction. On est ici parce qu’on veut vraiment aider! », conclut Jacques.
Texte et photos de Marie J. Roy