» FAIRE PARLER LES SQUELETTES

Il y a plusieurs raisons de se rendre sur l’Île Verte : pour y admirer les couchers de soleil extraordinaires en plein milieu du fleuve à une vingtaine de kilomètres de l’embouchure du Saguenay; pour y visiter le plus ancien phare du Saint-Laurent; pour s’endormir au son des phoques qui hurlent; ou pour y découvrir l’univers de Pierre-Henri Fontaine, le créateur d’un musée hors du commun, celui du squelette.

Habilement placardés sur le mur bordant la porte d’entrée, des dizaines de crânes de petits mammifères nous souhaitent la bienvenue. Le ton est donné. L’ancienne grange rassemble plus de 500 spécimens, dont des cétacés complets, quelques reptiles, quelques moulages de reptiles et de dinosaures, mais essentiellement des squelettes et des crânes de mammifères.

«Ceux qui m’intéressent sont ceux qui contiennent une information qui me permet de les faire parler», m’avoua d’emblée M. Fontaine.

Professeur de biologie à la retraite, le collectionneur met les pieds sur l’Île Verte pour la première fois en 1964. Ce fut le coup de foudre! «Lorsque je suis arrivé en bateau, juste à côté du quai, il y avait un squelette de béluga en train de finir de pourrir. Lorsque je l’ai vu, j’étais complètement fasciné, parce que pour moi, un squelette de mammifère marin, c’était inaccessible!» Il en ramasse la tête et quelques ossements et voilà, sa collection venait de voir le jour!

Résidant de l’île depuis cette aventure, M. Fontaine ouvre son musée ostéologique en 2000. Tous les ossements que l’on y retrouve lui appartiennent. Cette collection ne lui permet pas seulement de parler de tout ce qui est relié aux squelettes et des informations que l’on peut en tirer, mais aussi de faire de l’interprétation sur l’écologie et les sciences naturelles à partir de ceux-ci.

Trouver un squelette nettoyé n’est pas chose facile, à moins d’en acheter un dans une entreprise spécialisée qui prépare les squelettes. C’est pourquoi, la plupart du temps, M. Fontaine ramassera le spécimen qu’il dénichera. «À ce moment, il est encore enveloppé par de la charogne. Ce n’est pas une partie de plaisir!», tient-il à souligner.

«J’ai couru après des squelettes toute ma vie dans le but d’enrichir ce musée.» Ce qui intéresse le collectionneur, c’est la partie mécanique de l’armature. Le squelette est une charpente. En examinant celle-ci, toute l’information à propos de la manière dont l’animal se déplaçait ou se nourrissait nous est révélée. Était-il carnivore ou végétarien? Chasseur à courre ou à l’affût? Est-ce qu’il nageait? Si oui, avec sa queue, ses bras ou ses pieds? Son squelette nous le dira.

Le fonctionnement des choses fascine le désormais retraité depuis son plus jeune âge. «J’avais 12 ans lorsque j’ai réussi à déterrer une vache chez un cultivateur… elle m’a donné beaucoup de travail!»

> Une visite au Musée du squelette demande environ 2h30. Passionné, Pierre-Henri Fontaine discute de tout à partir des ossements.

De la chasse aux phoques en passant par le darwinisme, rien ne lui échappe. Il avoue candidement que son but est de développer la curiosité chez les jeunes en leur montrant que la science les aidera à comprendre le monde dans lequel ils vivent. «Parce qu’un monde que l’on comprend, on en a plus peur et on peut commencer à l’aimer», dira-t-il tout simplement.

Catherine Fortin, étudiante en bio-écologie au Cegep de Sainte-Foy et guide au musée, écoute les conseils de M. Fontaine avec intérêt. «J’ai vu l’offre d’emploi et j’ai trouvé ça intrigant. Je n’avais jamais entendu parler du Musée et je n’étais jamais venue à l’île non plus!»

«J’essaie d’apporter aux visiteurs une approche différente de la faune de celle qu’ils ont habituellement.» M. Fontaine considère avec grand intérêt les squelettes qui ont des traces d’une pathologie ou d’un traumatisme. «Ce n’est pas collectionner les crânes pour les collectionner, c’est collectionner le crâne qui me permet de raconter une histoire à son sujet qui m’intéresse!»

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OÙ EST L’ÎLE VERTE?

Le village de L’Isle-Verte est situé à environ 500 km à l’est de Montréal, sur la route 132, entre Rivière-du-Loup et Trois-Pistoles. L’île Verte fait face au village. On s’y rend par bateau ou l’hiver, par hélicoptère.