» LA QUÊTE DU CANARD NOIR

Jean Bachand, Mélissa Gauvreau, Gilles Malenfant et Étienne Chiasson forment l’équipe responsable du baguage des canards sauvages dans la baie de L’Isle-Verte pour l’année 2010. Leur port d’attache se situe au Centre d’interprétation Maison Girard, sur la Route 132, à l’est de Rivière-du-Loup. Mais de la mi-août à la mi-septembre, la meilleure façon de les entrevoir, c’est en longeant les herbes filiformes qui bordent les marais salés des alentours. Car chaque matin, après avoir enfilé leurs salopettes isolantes, ils partiront, sacs de maïs sur le dos et accessoires de baguage en main, relever l’inventaire et vérifier l’état des trappes.

Habitat de prédilection de plus de 80 espèces d’oiseaux, les marais à spartines (nom de la plante qui se retrouve dans les marécages), comme ceux qui bordent le littoral de la municipalité de L’Isle-Verte, constituent d’excellentes aires de reproduction, d’alimentation, de repos et de migration pour la sauvagine.

Ils contribuent également à filtrer les eaux et jouent un rôle important pour contrer l’érosion des berges. Pourtant, «50% des marais salés du Québec ont été remblayés pour l’agriculture ou pour la construction des autoroutes», s’exclame Jean Bachand! Heureusement depuis 1987, les marais sont protégés par la Convention sur les zones humides d’importance internationale (RAMSAR).

D’un pas certain, l’équipe s’élance sur le sentier vaseux qui les mènera à la première trappe. L’avancée se passe les yeux rivés au sol. Gare à celui qui détruirait un nid ou écraserait un oisillon au passage!

> Formé en technique d’aménagement cynégétique et halieutique, Jean Bachand s’occupe de baguer les oiseaux à L’Isle-Verte depuis 1986.
> Mélissa Gauvreau a étudié en technique du milieu naturel à St-Félicien. Elle a d’abord appliqué pour un stage à La Maison Girard et y est maintenant employée jusqu’à la fin de l’été.

Plusieurs mètres avant leur arrivée, les techniciens constatent que la cage est vide. Il faudra tout de même franchir les eaux boueuses du marais pour y déverser de la nourriture.

> Gilles Malenfant; employé saisonnier

Les canards plongeurs se nourrissent principalement en plongeant sous l’eau. Les canards de surfaces ou barboteurs trouvent surtout leur nourriture à la surface des étendues d’eau. Le canard noir est un canard de surface. C’est un oiseau qui vole très bien, contrairement au canard plongeur.

Les installations sont mises en place environ une semaine avant de commencer l’opération de baguage. Les armatures seront montées sans être fermées pour permettre aux canards de se familiariser avec les nouvelles structures.

L’expédition poursuit sa quête du canard noir. Beaucoup moins nombreuse qu’elle ne l’a déjà été, la population mondiale de cette espèce est maintenant stable surtout grâce à la protection des marais de la baie de L’Isle-Verte. Une initiative entreprise dans le but de sauvegarder le canard noir dont le nombre d’individus a diminué de moitié entre 1955 et 1985.

De l’eau jusqu’à la taille, les quatre coéquipiers font le tour de la deuxième cage en s’efforçant de diriger les oiseaux vers la sortie.

La cage fixe est installée dans les eaux peu profondes; la cage flottante est utilisée pour les eaux qui montent, surtout dans les bras de rivières. De là, après avoir jeté un coup d’œil sur la récolte, Jean plonge son bras pour en extraire les canards un à un.

À chacun sa tâche. Gilles se charge de fixer les bagues, Étienne s’occupe du cahier de notes pendant que Mélissa et Jean, manipulant avec soin les oiseaux, scrutent l’intérieur des ailes, le bout de la queue et l’anus de chaque prise pour établir le sexe, l’âge approximatif, la catégorie et d’autres indices notables. Par exemple, un reste de duvet à l’intérieur des ailes indique que l’oiseau n’est pas encore mature tandis qu’une pointe bien effilée sur les plumes de l’extrémité de la queue prouve le contraire.

Même si l’étude porte sur le canard noir, toutes les captures qui n’auront pas de bague s’en verront mettre une. À la tête de cette opération, le biologiste Jean Rodrigue du Service canadien de la faune d’Environnement Canada, recevra par la suite toutes les données amassées à son bureau de Québec.

> Le baguage des canards dans le littoral de la municipalité de L’Isle-Verte a débuté en 1996

Car un simple anneau de métal installé à la patte de l’oiseau renferme beaucoup plus d’informations que l’on pourrait le croire. Il permet de connaître les trajets migratoires, les aires de nidifications, les territoires de séjour hivernal, le comportement et les structures sociales, la longévité et le taux de survie, les succès de reproduction, l’accroissement des effectifs et la taille approximative de la population visée. «Jean a déjà retrouvé une sarcelle bleue qui venait des États-Unis», s’exclame Mélissa!

«On a déjà bagué plus de 200 canards en une journée», dit fièrement Jean! Aujourd’hui l’équipe aura installé 45 bagues sur de nouvelles prises dont 12 d’entre elles sont des canards noirs.

Cette année, le baguage se termine le 10 septembre dans les secteurs du refuge des oiseaux migrateurs. Par contre, pour certaines zones situées à proximité de territoires de chasse, l’équipe cesse d’appâter le 4 septembre. Par la suite, Jean, Mélissa, Gilles et Étienne s’occuperont d’entretenir les sentiers, de réparer les plateformes et de construire de nouveaux aménagements pour que nous puissions admirer canards noirs, sarcelles à ailes vertes, grands hérons, bernaches et autres le plus naturellement possible.

En 2010, l’équipe de Jean Bachant aura installé 3313 bagues sur de nouvelles prises. De plus, une augmentation du taux de fréquentation chez le canard noir et la sarcelle à ailes bleues (qui sont des espèces plus ou moins en difficultés) a été remarquée. Une excellente nouvelle!

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» UN BRIN D’HISTOIRE

En Amérique du Nord, le baguage systématique des oiseaux a commencé au début du siècle. En 1916, le Canada et les États-Unis ont signé la Convention concernant les oiseaux migrateurs, qui comportait un système visant la protection de ces oiseaux et la réglementation de leur prise dans les deux pays. Le système s’est étendu à l’ensemble de l’Amérique du Nord en 1936. Le baguage des oiseaux existe depuis fort longtemps. Durant les temps romains, des hirondelles ont été utilisées pour transmettre des messages. À l’époque médiévale, les fauconniers marquaient leurs rapaces avec une bague ou un collier. Le plus vieux cas scientifique date de l’an 1240 en Allemagne. L’expérimentation a été réalisée par un supérieur d’un monastère cistercien qui attacha un bout de parchemin à la patte d’une hirondelle. Au Canada, c’est en 1905 que l’on bagua le premier oiseau : un merle.

» DONNÉES TECHNIQUES

Le carnet de capture pour les oiseaux nouvellement bagués renferme les données suivantes:
– le numéro de la bague
– l’espèce
– l’âge moyen de l’oiseau
– Le lieu du baguague et ses coordonnées géographiques
– la date
– et la mention suivante : récupération signalée au Bird Banding Laboratory