
La petite municipalité de Saint-Denis-De La Bouteillerie se prend en main! 8h45 samedi matin, sous un ciel gris, typique des derniers jours du mois de mai dans le Bas-St-Laurent, une poignée de citoyens est rassemblée devant la chapelle du village et attend les consignes pour l’activité de nettoyage des berges.

Claire et Évelyne s’empressent de remercier les volontaires et présentent le plan de la matinée. Le but est d’éliminer les métaux, le plastique, le styromousse et les matériaux de construction accumulés sur la rive du fleuve, tout en préservant la beauté naturelle du littoral, son bois de grève, ses algues de mer et ses précieux habitats.


Munie de gants, d’un sac de poubelles dans la poche et d’une chaudière à la main, la joyeuse cohorte se dirige d’un pas décidé vers les rives du fleuve. Pour la plupart des participants, c’est la deuxième et parfois même, la troisième fois qu’ils s’impliquent dans le nettoyage des berges. Une belle surprise cette année, Virginie et Jean-Luc, nouvellement installés au village, se joignent à l’activité accompagnés de leurs quatre enfants.


L’œil aux aguets, chacun se mets à la recherche des éléments non désirés. À peine quelques secondes plus tard, bouteilles de plastique, emballages alimentaires, matériels de pêche et résidus de toutes sortes sont découverts. Une vraie chasse au trésor!

Les déchets ramassés sont souvent le résultat de l’activité humaine. La première moitié du mandat terminée, l’équipe s’empresse de se diriger vers les bacs de récupération et les poubelles dans lesquels les indésirables seront versés.


«Le but n’est pas de faire le ménage de la plage, mais bien de diminuer la quantité de résidus, surtout de matière plastique que les poissons peuvent ingurgiter», dira Pauline. C’est ce qu’elle a retenu de la présentation qu’a donné la biologiste Manon Ouellet d’OBAKIR (Organisme de bassins versants de Kamouraska, L’Islet et Rivière-du-Loup) en début d’activité l’année dernière. OBAKIR a initié ce projet il y a trois ans. Maintenant, un comité citoyen s’en occupe dans la plupart des municipalités environnantes.

La partie ouest de la plage revêt une toute autre allure! Pratiquement pas de rochers, mais surtout des amoncellements de bois de grève dans lesquels les détritus s’entremêlent. Une mine d’or pour l’équipe! Les sacs et chaudières se remplissent à vue d’œil.

Élise et sa fille Océane se greffent à l’activité. Pour Océane, chaque trouvaille est une victoire.


Autant les adultes que les enfants sont ravis chaque fois qu’un morceau de plastique est dérobé de la plage. Surtout les petites rondelles qui servent de supports de culture pour les micro-organismes utilisés par les stations d’épuration d’eau pour purifier les eaux usées.


Depuis quelques années, elles se retrouvent par milliers sur les plages de tous les continents. Un festin pour les oiseaux et les poissons pour qui l’ingestion de ces rondelles ainsi que tous les petits morceaux de plastiques est devenue une cause courante de mortalité.


11h30, le nettoyage tire à sa fin. L’équipe, butin en mains, retourne vers le point de ralliement. Fier de constater qu’ils auront débarrassé les rives du Saint-Laurent de l’équivalent de 7 à 8 grosses poubelles de déchets. En majorité du styromousse et du plastique.


L’heure est au bilan. Chacun y va de ses idées pour tenter de mieux faire connaître l’activité. «Il faudrait que le nettoyage des berges soit mieux diffusé», s’exclame André. En plus des affiches et des feuillets dans les Publisacs, pourquoi ne pas faire du porte-à-porte pour sensibiliser les gens de la communauté à l’importance de garder les berges du fleuve plus propres?
Plusieurs idées sont lancées, mais on s’accorde pour dire qu’en disposant plus de poubelles permanentes aux abords du rivage, ainsi qu’en installant une série de pictogrammes qui indiqueraient de ne pas laisser de déchets sur la plage, cela inciterait les gens à se ramasser et contribuerait à développer un sentiment d’attachement à leur plage.
Très bonne idée!
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UN BRIN D’HISTOIRE
Abondante dans cette région du fleuve Saint-Laurent, l’anguille fut longtemps pêchée à Saint-Denis-De La Bouteillerie. Dès les premiers jours du printemps, les pêcheurs installaient de longs piquets de bois près du rivage sur lesquels des filets étaient tendus. Le mois de septembre venu, le poisson défilait le long de ce circuit pour se diriger vers l’extrémité du piège où se trouvait la trappe. Cette technique est appelée «pêche à la fascine». Dans les années 1930, les captures annuelles enregistrées au Québec atteignaient plus de mille tonnes par année, alors que depuis 2000, elles ne dépassent pas les 200 tonnes.
PARENTHÈSE
Durant le nettoyage des berges, il faut surtout faire attention de ne pas détruire les habitats naturels et les zones de nidification de plusieurs oiseaux tels les pluviers, chevaliers, bécasseaux et autres qui fréquentent généralement les rivages pour se nourrir de petits mollusques.
Texte et photos de Marie J. Roy