» LES GRANDS BRÛLÉS SOULAGÉS GRÂCE À LA LOTOPOMPIER

> Les infirmières couvrent les plaies d’un patient avec des pansements pour éviter qu’elles ne s’infectent

«Cette visite vous fera connaître le parcours d’un patient à partir du moment où vous le sauvez du lieu de l’incendie, jusqu’à la fin de son séjour chez nous», annonce le Dr Bouali au groupe de la caserne 15. Plusieurs fois par an, le Centre des grands brûlés de l’Hôtel-Dieu de Montréal ouvre ses portes aux différents services d’incendie. Cela permet aux pompiers de constater de visu le résultat de leur participation aux diverses campagnes de financement mises de l’avant par la Fondation des pompiers du Québec pour les grands brûlés.

La période critique
Environ 200 victimes de brûlures sévères sont traitées au Centre de Montréal chaque année, soit 75 % des brûlés du Québec. À leur arrivée, leur état est critique. Les 72 premières heures sont cruciales. Il faut surveiller attentivement le blessé pour qu’il continue à bien respirer et éviter sa déshydratation. «L’objectif est de ne pas nuire au patient ou aggraver son état», s’empresse de dire le Dr Bouali. Il arrive également que la peau enfle et que des incisions doivent être pratiquées pour réduire la pression. Ce sont des expertises que les hôpitaux n’ont pas et c’est pourquoi, il est impératif que le patient soit conduit au Centre des grands brûlés sans délai.

> Le bain-civière acquis grâce à la vente de billets de la Lotopompier

Ainsi, dès qu’on signale une victime à l’ouest de Québec, le Centre est averti. Une équipe de plasticiens, d’intensivistes et d’infirmières attend l’accidenté dans la salle d’hydrothérapie où la gravité et l’étendue des brûlures, ainsi que les parties du corps touchées sont évaluées dès son arrivée. C’est dans un immense bain-civière relié à une série de tuyaux qui contrôlent l’intensité du jet et la température de l’eau que l’on procède à l’examen. Ce bain fait partie des nouveaux équipements que le Centre s’est procurés grâce à l’argent de la Lotopompier. «Cela semble banal, mais ça évite beaucoup de complications», explique Sylvie Vallée, coordonnatrice des relations avec le réseau et la communauté pour le CHUM, et aussi notre guide pour l’après-midi. Privé d’un segment de sa peau, le corps du brûlé n’a plus de barrière pour le protéger des bactéries. «C’est pourquoi il faut tenter d’éliminer les sources d’infections, telle l’eau stagnante dans une baignoire traditionnelle, afin de donner toutes les chances au patient», précise-t-elle.

Au même moment, des cultures de tissus sains sont prélevées sur la victime et acheminées au Laboratoire d’organogenèse expérimentale de l’Hôpital du Saint-Sacrement de Québec (LOEX). Là, une technique innovatrice élaborée par le Dr François Auger permet de fabriquer de l’épiderme in vitro. Une révolution sur le plan international qui place la province au rang de précurseur dans le domaine.

Le grand soulagement
La visite se poursuit en direction du bloc opératoire. Pas de chance, la porte est verrouillée. Une intervention se prépare. Vient la section des soins intensifs. Un garçon de 17 ans et trois adultes s’y trouvent intubés, sous médication et surveillance continuelle. Pour un certain temps, ils resteront endormis, en semi-coma, histoire de les calmer des douleurs intenses. «Lorsque j’observe les patients et qu’ils n’ont pas l’air de souffrir, c’est un grand soulagement pour moi», dit Mme Vallée en se rappelant ses débuts en tant qu’infirmière. «Avant, lorsqu’un grand brûlé arrivait à l’hôpital, c’était un gros point d’interrogation. On savait qu’il ne devait pas manquer de liquide, surtout ne pas s’infecter et qu’il faudrait changer les pansements tous les jours, mais pour le reste…»

> Les patients aux soins intensifs sont reliés à un moniteur en tout temps pour s’assurer que tous les organes fonctionnent correctement

La solution : la collaboration
Le traitement des brûlures est douloureux, la rééducation lente, la période d’hospitalisation très longue. La préparation à l’autonomie d’un grand brûlé passe par une série d’interventions toutes aussi essentielles les unes que les autres. Pensons aux nombreuses greffes et chirurgies d’appoints, sans oublier la réadaptation. «Nous avons compris, après toutes ces années, que la meilleure chose pour que le blessé aspire à une vie normale réside en une collaboration étroite entre tous les intervenants dans le domaine», ajoute Mme Vallée.

Voilà un point positif pour le patient, car une fois l’étape de traitements aigus passée, il lui reste énormément d’efforts, de volonté et de courage à déployer. Réapprendre à écrire ou à marcher ne représente que quelques exemples des difficultés à surmonter dans le quotidien d’un survivant de brûlures profondes. Annie Blanchette, ergothérapeute, peut en témoigner.

> Annie Blanchette, ergothérapeute au Centre des grands brûlés, montre le masque en Uvex qui, en plus d’avoir un effet compressif, assouplit les cicatrices

Dans une salle étroite, elle montre aux visiteurs une collection d’habits et de masques bien singulière. Il s’agit de vêtements compressifs utilisés pour améliorer l’aspect des cicatrices. Cependant, l’entière collaboration du patient reste primordiale, car pour être efficaces, ils doivent être portés 23 heures sur 24, 7 jours sur 7, et ce, pour une période de 6 mois à 2 ans.

Soudain, un pompier repère le calendrier de la Fondation affiché au mur. La tournée prend une allure plus détendue.

> Pour être efficaces, les vêtements compressifs doivent être portés 23 heures sur 24, 7 jours sur 7, et ce , pour une période de 6 mois à 2 ans

Une mission : aider les victimes d’incendies
Le succès de ce calendrier repose sur le flair de Marie-Josée Chalifourd de la Fondation des pompiers du Québec. La Lotopompier bien implantée, il fallait trouver d’autres moyens pour amasser des fonds. Remue-méninges et groupes de discussion ont permis de constater que le «mythe du pompier» était bien réel. L’idée du calendrier répondait parfaitement aux désirs d’une toute nouvelle clientèle.

> L’équipe de la caserne 15 présente lors de la visite au Centre des grands brûlés de l’Hôtel-Dieu de Montréal

Ce moyen de financement, additionné aux 700 000 billets de Lotopompier mis en vente chaque année, ainsi que ceux de la Lotovoyages, existe dans un seul but : aider la cause des victimes d’incendies. «Depuis la création de la Fondation en 1988, nous avons versé plus de 8 millions de dollars répartis également entre le Centre des grands brûlés de Montréal et celui de Québec», précise Mme Chalifourd. Cette somme d’argent a permis, outre d’acquérir des équipements de pointe, de financer les recherches sur le contrôle de la douleur, les séquelles postbrûlures, la biologie moléculaire et la cicatrisation. Sans oublier que de nouvelles approches nutritionnelles, telles que celles amorcées par le Dr Garrel sur la glutamine, ont pu être développées.

Des efforts récompensés
«On souhaite ne jamais se retrouver ici, s’exclame le capitaine Chartrand en voyant se refermer les lourdes portes de l’unité. Mais c’est notre métier, on est exposé régulièrement au feu.» Il n’est nullement nécessaire de combattre les brasiers pour risquer de subir des brûlures profondes. Les statistiques montrent que dans 70 % des cas, il suffit d’un simple accident domestique. Avant de quitter le Centre des grands brûlés, le Dr Bouali en profite pour prodiguer quelques conseils d’urgence aux pompiers et leur rappeler l’importance de leur rôle. La visite a permis de saisir ce qui se passe ici, mais surtout de constater que les efforts de l’équipe du capitaine Chartrand, des pompiers de toute la province et de la Fondation servent à améliorer la qualité des traitements et I’espérance de vie de plusieurs.